Débat#4 • Sécurité et Citoyenneté. "Nous, notre projet politique, c'est d'arriver à nous réconcilier. [...] il faut que l'on vous écoute mais, il faut aussi que vous nous écoutiez"

Débat#4 • Sécurité et Citoyenneté. "Nous, notre projet politique, c’est d’arriver à nous réconcilier. [...] il faut que l’on vous écoute mais, il faut aussi que vous nous écoutiez"

Réponse à l’intervention de Jean Gonnin (vidéo / 1 :08 :00)
Je reprends la parole juste un instant pour dire que, bien entendu, Jean a botté en touche parce que je n’ai pas parlé de prison du tout. Je partage son point de vue sur la prison et je pense qu’effectivement beaucoup de gens sont en prison alors qu’ils ne devraient pas y être. […].
Le sujet de mon intervention est centralement la question "y a-t-il un lien entre pauvreté et délinquance" ? Et je dis que tout mathématicien, toute approche scientifique dans laquelle on a un échantillon de 100 et sur lequel il y en a 1 sur ces 100 qui a un certain type de comportement, c’est impossible de prétendre que la cause de ce comportement, c’est la pauvreté ! C’est impossible ! Quand il y a un comportement de 1 sur 100 dans un échantillon, on ne peut pas dire que la cause de ce comportement, c’est la pauvreté ! […] Ça n’a aucun sens. Je ne suis pas en train de dire que les délinquants ne sont pas pauvres, je dis que cela n’a pas de relation ! Sinon, il y aurait 95% des pauvres qui seraient délinquants.
Il y a un autre phénomène qui joue et je souligne […] : la plupart des crimes de sang, […] sont intrafamiliaux, ce n’est pas contre les autres, c’est au sein même de sa famille. Donc la délinquance contre les biens et les personnes, la délinquance de violence, elle est entre des gens proches les uns des autres. Ce n’est pas de la délinquance de justice sociale ; il faut quand même être clair là-dessus : ce n’est pas une délinquance de réappropriation, c’est une délinquance de « je me démerde tout seul et j’emmerde les autres ! ». C’est ça la brutalité du délinquant de quartier et, je dirais, son égoïsme foncier, son absence totale de morale, son respect uniquement de la force, c’est-à-dire le mépris de toute valeur humaine, de toute valeur de civilisation […].

Réponse à l’intervention d’Alain Dreyfus-Schmidt.
J’ai vu de près ce qu’était la morale de la prison ; je me suis rendu compte de la dimension sociale effectivement. Ce n’est pas discutable ! Mais, dire que le plus pauvre des pauvres n’a pas de droit dans nos sociétés, ce n’est pas vrai ! Ce n’est pas vrai ! Il a des droits ! Des droits qui sont, pour une part, largement fictif mais, par rapport, à 2/3 voire 3/4 des pays dans le monde, le pauvre en France a plus de droits que le bourgeois dans plein de société. N’insultons pas constamment notre système ! Ce n’est pas non plus, de ce point de vue-là, une bonne chose.
Je reviens quand même sur une question parce que je voudrais que ce soit clair, parce que la réponse de Paul sur la diversité des équipements aux Résidences, je ne la partage qu’à moitié. […] il y a une vrai question d’ouverture de ces équipements, de fréquentation de ces équipements. J’ai été longtemps, et Olivier [Prévôt] pourrait donner son point de vue, dans les centres culturels et j’ai vu la violence des affrontements au sein même des centres socio-culturels entre les vieux et les adultes qui sont dans ces centres et les jeunes qui veulent y entrer. Il y a des enjeux de pouvoir, de méfiance qui font que les jeunes sont largement exclus d’un certain nombre d’équipements y compris le gymnase : c’est une bataille pour ouvrir les gymnases aux gens du quartier. C’est clair, il y a des insuffisances dans le traitement de ces questions-là. On ne peut pas avoir ce dialogue sans reconnaître qu’il y a des problèmes qu’il faut traiter […].

Réponse à l’intervention d’un participant du débat (vidéo / 1 :52 :56).
En parlant de la révolte de 2005, c’est l’enjeu principal de la question […] : est-ce qu’il y a un lien entre pauvreté et délinquance ? Parce qu’il y a deux façons de sortir de ce problème, soit une généralisation, une jacquerie urbaine, communautaire, les quartiers se révoltent, ça finira comment ? Ils se feront « casser la gueule » … comme toutes les jacqueries. Si vous pensez un moment qu’il est possible par des réactions de violence de pouvoir changer la société, c’est une impasse totale ! Et c’est ça le problème de fond ! Le raisonnement que vous portiez conduisait à dire : il y a des justifications… [Protestations dans la salle] … Mais laissez-moi parler… je pense qu’on est là pour se parler clairement et, moi, je considère que dire que ce moment de révolte peut avoir un débouché, c’est totalement erroné ! Et la seule façon d’éviter cette attitude de révolte, c’est d’avoir un discours de refus total de tout acte délinquant, de tout acte illégal, de toute approche voulant régler les questions de l’injustice sociale par de la récupération et de l’action personnelle.
On a parlé des 1% de pauvres qui sont dans la violence, dans la délinquance, mais le raisonnement qu’un certain nombre de personnes tiennent ici, c’est une insulte pour les 99% autres. […] oui, c’est peut-être dur à entendre mais, dans notre société un des problèmes qui est posé, c’est quand même la capacité du Front National, pour dire les choses de façon assez directe, et d’une partie de la droite extrême, de récupérer les sentiments de craintes, d’insécurité en coalisant des milieux populaires happés par la pauvreté et les difficultés sur un discours articulant délinquance et immigration, problématiques sociales et immigration, sur un discours de l’assistanat. Il y a toute une thématique politique et nous, notre projet politique, c’est d’arriver à nous réconcilier. Ça veut dire qu’il faut que l’on s’explique, il faut que l’on se parle, il faut que l’on vous écoute mais, il faut aussi que vous nous écoutiez. Ça ne peut pas être à sens unique l’échange. Je pense qu’il y a des choses tout à fait forte et vrai dans ce que vous dites, je ne le nie pas du tout, je crois qu’on a un gros effort à faire ; vous-même, vous devez considérer… Vous avez parlé de la fusillade, Maurice [Schwartz] l’a dit tout à l’heure, s’il y avait eu des alertes au commissariat de police, ce serait quand même plus facile de traiter cette question-là. Vous avez parlé du décès du jeune, s’il y avait des informations qui remontaient, ça serait plus facile de traiter ces questions-là. Ça ne peut pas être uniquement une problématique de la police et de la justice, c’est aussi une question de responsabilité collective, citoyenne. Il y a quand même la loi du silence, et pourquoi il y a la loi du silence ? Parce que les gens ont peur. Il faut se parler franchement, ça rend l’action publique très difficile. Qui peut penser qu’on se désintéresse de ce décès ? Qui le pense sérieusement ? Qu’est-ce qu’on peut faire ? Quel est l’apport du quartier à la résolution du problème ? Quelle est la remontée d’information ? Quelle est la coopération avec les forces de police et de la justice ? C’est quand même des questions qu’il faudra traiter un jour. On est obligé de se dire aussi ces choses-là ! Ce n’est pas facile, je ne suis pas en train de faire appel à la délation généralisée…
Je termine… Je pense qu’on a parlé de l’action associative, Julie [De Breza] en a parlé. On a quand même avec l’ASBS, pour dire les choses très concrètement, développé un partenariat qui reste encore à consolider et à poursuivre mais, qui a permis des progrès sensibles. Il y a des pratiques qui se développent, éducatives, qui sont extrêmement positives et c’est pour ça que l’ASBS est soutenue et si on pouvait avoir un développement des structures de ce style… je l’ai dit tout à l’heure sur la réorganisation de la vie politique, la question de la place de la vie associative est, effectivement, une question tout à fait centrale et arriver à articuler le travail de la fonction publique avec la vie associative est vraiment un enjeu majeur.

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