Débat#4 • Sécurité et Citoyenneté. Christian Proust : « On doit pouvoir parler de ces questions-là comme de toutes les autres, avec nos différences »

Débat#4 • Sécurité et Citoyenneté. Christian Proust : « On doit pouvoir parler de ces questions-là comme de toutes les autres, avec nos différences »

Le débat sur la sécurité et la citoyenneté, le 20 mars dernier, fut sans doute l’un des plus animés, dans une confrontation des points de vue qui a posé clairement les divergences, les incompréhensions mais, aussi, les points de convergences possibles, pour mener une politique de sécurité et de prise de responsabilité citoyenne, locale et cohérente. En attendant la rédaction et la diffusion des fiches « verbatim » des différents intervenants qui ont participé à ce quatrième débat, nous vous proposons une retranscription des interventions et commentaires de Christian Proust sur cette question.

L’intégralité du débat est à voir ou à revoir à partir de ce lien.

Il va y avoir quatre interventions liminaires […] : Maurice [Schwartz] qui démarrera. Ensuite Jean Gonnin, Bachir [Bouhmadou] et Julie [de Breza] qui m’a demandé d’intervenir à la fin […].
L’idée, c’est de débattre des questions de sécurité et de citoyenneté. Ce sont des sujets qui sont compliqués, qui créent des tensions, avec des divergences. Il faut qu’on mette ça à plat. Quand j’ai lancé cette série de débat, j’ai souhaité, j’ai souligné que c’était des débats sans tabous ; donc, on doit pouvoir parler de ces questions-là comme de toutes les autres avec nos différences, essayer de s’expliquer, essayer de mieux comprendre le point de vue des autres et essayer d’avancer.

[Ne pas justifier la délinquance par l’excuse de la pauvreté]

(Après les quatre interventions et les premières questions de la salle)
Je voudrais dire quelques mots. D’abord, je pense que l’un des problèmes que nous avons de divergence y compris avec Jean [Gonnin], […] c’est la question sociale et cette argumentation tendant à dire que les délinquants viennent des milieux pauvres ; donc, il faut attaquer la pauvreté, c’est comme ça qu’on réduira la délinquance. Je veux juste que l’on repère les ordres de grandeur : Alain [Dreyfus-Schmidt] l’a dit, […], de 70 à 80 000 personnes dans les prisons. 3 millions de chômeurs de catégorie 1. En réalité, il y a 5 millions à 5 millions et demi de chômeurs. Il y a, d’après les statistiques, 12 millions de pauvres en France. 12 millions ! Il faut poser comme principe que si on veut attaquer la question de la délinquance par la question de la pauvreté, … il y a du boulot… Ce n’était pas raisonnable de poser la question comme cela ! Ce n’est pas raisonnable !
La question de la pauvreté est une question qui est centrale, … une question extrêmement difficile à résoudre et un vrai problème sur lequel nous pourrions unir nos efforts. Mais, il faut, dans ce cas-là, poser un certain nombre de questions touchant à la croissance, au développement économique, au rôle de l’état, au rôle des entreprises, enfin, à l’ensemble de ces questions. La réduction de la pauvreté et des inégalités est un vrai enjeu […].
Maurice [Schwartz], tout à l’heure, a exprimé un point de vue collectif, […] c’est le point de vue d’un collectif qui, effectivement, a largement été influencé par la pensée de Jean-Pierre Chevènement sur ces questions. Et nous n’en avons pas honte du tout ! Parce que nous considérons que c’est un point de vue juste[…]. J’insiste sur les ordres de grandeur : il n’y a pas 1% des pauvres qui sont délinquants ! Pas 1% ! […]

— Jean Gonnin : « Il y a combien de délinquants qui ne sont pas pauvres ?! »

Ça, c’est la question : quel type de délinquance notre société punit... Il y a la délinquance fiscale : on donne un ordre de grandeur de plus de 100 milliards d’euros ! J’ai parlé de la délinquance fiscale, mais, il y a aussi la délinquance financière : là aussi, ils ne sont pas punis. Absence de moyens. Il y a toute la délinquance liée aux questions de la consommation, du droit des consommateurs, là aussi, ils ne sont pas punis. On voit le scandale sur la viande… La problématique du libéralisme, de l’appauvrissement de l’Etat, de l’absence de capacité de pouvoir surveiller la qualité des produits qui sont vendus. Il y a toute cette délinquance commerciale. Il y a la délinquance en matière de droits du travail. La réduction massive des moyens donnés à l’Etat pour contrôler les conditions dans lesquelles un certain nombre d’employés sont employés « effectivement » […] : combien de centaines de milliers d’heures de travail supplémentaires … ne sont pas rémunérés ?

[Ne pas s’abandonner aux lieux communs, être lucide et volontaire]

Quand on dit tous les délinquants sont pauvres, c’est parce qu’on met le phare (sur ce point) ; ça c’est la société qui le veut, on est dupe, d’une façon idéologique, politique, on se rend complice […] d’une certaine façon de traiter le problème. Si on veut élargir l’horizon et regarder la façon dont les choses se passent, ce n’est pas vrai , et, encore une fois, peut être qu’une grande partie des délinquances liées à la violence, aux trafics, sont des délinquances de pauvres mais, il y a des délinquances de riches.
Et de toute façon, la délinquance de pauvres n’est pas une excuse ! Et on doit le dire clairement et fortement, parce que si on ne le dit pas, on encourage les gens à aller dans la délinquance. Il y a ce sentiment d’injustice que je comprends, de révolte […]. Moi, aussi, j’ai été révolté quand j’étais jeune […]. J’ai passé mon adolescence au quartier du Haut du Lièvre à Nancy : les Résidences, c’est du « pipi de chat » à côté ! Tilleuls argentés, les Cèdres bleus […] Les Tilleuls argentés, c’étaient 15 tours collés les unes aux autres… Donc il ne faut pas me raconter d’histoires… Ça ne peut pas être une excuse d’être dans ces situations et je pense qu’on rend un très mauvais service en déployant ce type de discours. Parce qu’on encourage au relâchement. Et d’ailleurs, je sais que Bachir [Bouhmadou], il ne dit pas du tout cela quand il va voir les jeunes. Il leur dit : « Ne faites pas les cons ! Travaillez ! Ayez le sens des règles ! ». C’est le discours éducatif qu’il tient. Il ne tient pas un discours : « Allez, vous avez raisons ! Vous êtes pauvres, la société est injuste […] donc allez taper vos copains ! ».

[Agir en responsabilité, trouver des solutions pratiques et justes]

[…] c’est le deuxième thème que je voudrais développer sérieusement car la question qui se pose — Julie [de Breza] l’a traité — qui sont les victimes de la délinquance des pauvres ? Ce sont les pauvres ! Il ne faut quand même pas oublié cela, et les caméras Alain [s’adressant à Alain Dreyfus-Schmidt]… Moi, j’ai été dans une réunion il y a 7 ans, je pense… c’était à l’Ouvre Boîte à la suite des problèmes qui se passaient au 3 rue Dorey. J’ai vu des vieilles dames de 75 ans, de 77 ans, pleurer devant nous, dire qu’elles ne pouvaient plus rentrer dans leur tour sans être agressées. Ce n’est pas supportable ! […] Alain, moi, je n’accepte pas les bidonvilles, mais, notre responsabilité est d’apporter des réponses à cette situation qu’on traite là ! Et les vidéos qui ont été mises en bas des tours ont permis effectivement de régler cette question-là […] pas les traiter totalement, l’aspect « chasse-mouches », « chasse-délinquance », c’est vrai… Personne ne nie, Maurice pas plus qu’un autre, qu’il y a un déplacement du problème. Mais le choix qu’on a à faire à ce moment-là, c’est : qui ont protège ? Et nous, c’est toute notre fierté d’avoir protégé les plus pauvres, parce que c’était eux qui étaient d’abord les victimes. Il faut se dire les choses aussi simplement à ce moment-là !

[Pour une politique municipale qui s’appuie sur une meilleure représentation politique des quartiers]

Troisième chose que je voudrais dire […], je crois qu’il y a un problème politique, que Bachir a posé, de rapport entre les quartiers et les élus. D’abord parce qu’il n’y a pas assez d’élus qui viennent des quartiers. Il faut le dire simplement, directement : des élus qui habitent les Résidences, il n’en y a pas. Moi, j’y ai habité longtemps… Madeleine Fleury habite aux Résidences, mais elle n’est plus au Conseil Municipal… On a encore des élus aux Glacis. Il y a Dominique […] et c’est tout. C’est la question de la représentation politique des quartiers qui est posée. C’est une vraie question et c’est le sens du dialogue que nous avons engagé avec Résistance Citoyenne. On va se parler franchement, on a besoin de retrouver un lien politique avec les quartiers.
Les quartiers ont besoin d’être représentés dans les instances politiques. Mais, ça ne peut pas se faire sur une base qui serait d’opposer les quartiers au reste de la ville. Et ça ne peut être que sur la base d’une responsabilité républicaine, d’un esprit qui s’insère dans une vision globale, dans une démarche globale de promotion de la ville.
Dernier point, […] je crois que l’un des éléments centraux … une fois que l’on a fait entrer les gens des quartiers dans les instances politiques, c’est de changer l’organisation politique de la ville en ayant des adjoints de quartier beaucoup plus nombreux. Moi, je pense qu’il faut que la moitié de la municipalité soit constituée d’adjoints de quartier, que les services municipaux doivent être réorganisés en profondeur pour qu’il y ait une mairie de quartier, que les services soient réorganisés en profondeur pour qu’il y ait une dynamique entre la vie associative, les services et les habitants. Il y a un enjeu majeur qui est la production de lien social dans les quartiers, du vivre ensemble […]. Cette question sera la tâche politique centrale d’une équipe municipale autour de cette question de la reconstruction de liens sociaux. C’est la seule façon de redonner aux quartiers une vitalité républicaine, une dynamique démocratique et de faire que l’arrivée d’un certain nombre de représentants des quartiers dans le Conseil municipal soit le premier départ, parce qu’il faut aller beaucoup plus loin … les quartiers, ils sont la majorité de Belfort, ils devraient avoir la majorité au Conseil municipal ; ce n’est pas du tout le cas aujourd’hui. C’est une question de prise de conscience politique, de progression dans la durée de nos capacités de dialogue.

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