Débat#5 • « Je pense qu'il y a une responsabilité des collectivités locales pour, effectivement, donner au bénévolat une plus grande place »

Débat#5 • « Je pense qu’il y a une responsabilité des collectivités locales pour, effectivement, donner au bénévolat une plus grande place »

En attendant la rédaction et la diffusion des fiches « verbatim » des différents intervenants qui participent aux débats organisés et animés par l’association « Oser le débat », nous publions quelques commentaires exprimés par Christian Proust pendant le débat : l’intégralité du débat est à voir ou à revoir en cliquant sur ce lien.

(=> débat # 5_début de la séquence 57:54)

‟Je voudrais faire deux observations par rapport à ce qui vient d’être dit car je pense que […] c’est vraiment intéressant de poser comme ça les problèmes.

L’accession aux responsabilités collectives.

Je vais quand même revenir à l’intervention que Christian [Rayot] a faîte tout à l’heure, qui faisait remarquer que les associations sportives étaient des lieux de prise de responsabilité sociale. Il y a peu de lieux où… il y a l’entreprise, il y a le politique, mais dans le secteur associatif, il y a un vrai enjeu d’accession de gens qui n’exercent pas de responsabilités aux responsabilités. Il y a une forme de construction démocratique comme l’ensemble du secteur de l’éducation populaire : c’est une tradition de l’éducation populaire que de concevoir le secteur associatif comme une forme de promotion aux responsabilités et, de ce point de vue-là, je pense qu’il est très important, dans la problématique du « vivre ensemble », de conserver ces îlots de bénévolat et de prises de responsabilité sociale et d’essayer d’aider les associations à recruter des bénévoles et à faire en sorte d’organiser à l’intérieur de ces associations le débat collectif, l’action collective, qu’il y ait la prise de responsabilité. […]. Je pense qu’il y a […] une responsabilité des collectivités locales pour effectivement donner au bénévolat une plus grande place. Alors, ça pose des problèmes, on l’a vu dans plusieurs interventions ; il y a la technicisation qui fait qu’il y a une tension entre les bénévoles et les professionnels. […] Lorsqu’on dit qu’il n’y a pas assez de moyens donnés aux clubs […] il y a eu deux ou trois interventions sur ce thème : on n’est pas assez aidées, il y a la question : on est aidé pour quoi ? Est-ce qu’on est aidé pour monter toujours dans le championnat, pour avoir de plus en plus de résultats ? Parce que cela veut dire qu’on s’engage dans un système de primes. Même si les clubs belfortains sont de loin des clubs qui ont une productivité en termes rapport aide public/niveau de compétition sûrement la meilleure que ce soit dans le football ou dans le handball ; ce sont les plus petits budgets des compétitions dans lesquels ils sont et c’est un phénomène assez général : il y a une productivité de l’argent public plus importante dans le domaine sportif à Belfort qu’ailleurs.
Mais, il y a une vraie question qui est posée : quel est le sens de l’argent public que l’on met dans le secteur associatif ? Et comment on organise la vraie fonction de recrutement des bénévoles et d’organisation du bénévolat ? Avec tous les problèmes que cela pose aussi sur la démocratie associative, le rôle du Président, le rôle des Conseils d’administration, le contrôle : ce n’est pas toujours aussi simple. Je pense qu’il y a tout un champ, à mon sens, qui devrait être posé.

L’exercice du sport : le progrès par l’effort.

Il y a une deuxième grande problématique […] qu’on n’a pas abordé ce soir mais que je voudrais mettre « sur la table ». Un des éléments majeurs, à mon avis, positifs du sport, c’est le sens de l’effort, la prise de responsabilité par rapport à soi-même. Il ne s’agit pas de parler de l’individualisme, il s’agit de faire en sorte que les gens soient conscients de leur responsabilité vis-à-vis d’eux-mêmes. Et qu’ils soient conscients qu’ils peuvent progresser s’ils se donnent les moyens de progresser. Et de ce point de vue-là, j’ai beaucoup aimé la référence que vous avez faite [s’adressant à l’auteur de l’intervention précédente] du peu de présence des footballeurs professionnels. Mais, on en avait parlé… [s’adressant à Jean-Paul Simon et Abdelak Bouferoum] vos « meilleurs » de vos footballeurs […] ils ne parlent pas souvent de comment ils sont arrivés à être meilleurs. Et le caractère d’« entraîneurs » […], la fonction éducative qu’ils peuvent avoir, ils ne l’exercent pas souvent. Peut-être qu’ils ont un problème de verbalisation de cela… Ils ont, ce n’est pas "peut-être", ils ont un problème. Les sportifs de haut niveau ont un problème de compréhension eux-mêmes pour pouvoir définir quels sont les outils, quels sont les vocabulaires, quels sont les dispositions qui peuvent leur permettre de vraiment exercer leur rôle d’éducation par rapport à cette notion d’effort. Je pense que c’est une deuxième grande thématique qui devrait être posée.

Faire une politique sportive juste.

Il y en a une troisième, et je ne veux pas être trop long, mais ce qu’a dit Chantale [Cochard] sur la question de la responsabilité vis-à-vis des femmes mais on pourrait aussi dire vis-à-vis des pauvres, parce qu’il y a quand même deux grands critères de discrimination par rapport aux pratiques sportives, c’est […] l’argent et le « sexe ». Quel est le rapport et quel est l’angle autour duquel on peut construire une relation avec les associations en justifiant de l’argent public par rapport à combien vous avez de femmes en responsabilité ? combien vous avez de femmes en pratique ? ce sont des éléments que l’on peut mettre sur la table dans la mise en œuvre d’une politique sportive. Je pense que ce sont des éléments tout à fait importants ; je les lance à débat mais, je crois qu’il faut quand même pouvoir en parler.

L’enseignement sportif au coeur d’une politique sportive.

Le dernier point, c’est la question de la place de l’école et de la fonction des enseignants sportifs. Je pose aussi la question des moniteurs municipaux qui se substituent dans l’école primaire à Belfort aux rôles que devraient jouer les enseignants. Dans la rénovation des rythmes scolaires, je pense qu’il faudra poser la question d’un redéploiement de la fonction des moniteurs, parce que la modification des rythmes scolaires va poser des problèmes financiers importants pour les collectivités locales et il ne serait pas anormal de redemander aux enseignants qui auront quand même deux heures de moins de formation, de travail en primaire, de réassumer leurs responsabilités éducatives par rapport aux activités physiques et sportives dans l’école primaire […]. Je pense que ce sont des sujets qu’il faut mettre sur la table parce qu’il y a une crise des finances publiques qui va faire que l’on va avoir des choix extrêmement difficiles : le bénévolat et le développement du bénévolat est sûrement une forme de réponse si on veut maintenir l’intensité du lien social mais le redéploiement des professionnels en est une autre. L’exigence d’une plus grande productivité des professionnels me paraîtrait être un élément naturel.”

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